fncfprogramme fncf
fncf 2012 programme
عربية Le Festival Le mot de la Ministre Le Comité Presse Editions Précédentes Contact  
 

Le Mot de la Commissaire
creation feminine algerie
Atours de Toujours
festival feminin
Le Programme
Galerie Photos
Vidéos
creation algerie femme
Revue de Presse
Bibliographie de références
Liens
fncf
Nos Partenaires
festival
Retour à l'accueil <
 
 
ATOURS DE TOUJOURS FNCF 2012
programme festival algerie

LES AUXILIAIRES DE L’ELEGANCE

Après le décès brutal de sa bien-aimée Hiziya,, le jeune Sayyed, s’en alla dans son fol désespoir, confier sa peine au grand barde populaire, Ben Guittoun, qui composa pour lui un hymne à l’amour et à la beauté, le récit d’une idylle devenue légendaire au cœur du patrimoine oral algérien.

Dans ce long poème, on peut entendre ces vers : « La richesse n’avait pour moi aucune valeur, comparée au tintement des khelkhals de Hiziya ». Et dans ses refrains douloureux, le poète parle de « la belle aux magnifiques pendants d’oreilles », de « la belle à l’écharpe de soie », et rappelle d’autres d’objets d’apparat liés aux grâces de la beauté féminine.

Khelkhals, pendants d’oreilles et écharpes de soie… On ne se trouve pas dans quelque cour brillante de la dynastie omeyade, mais bel et bien sur les hauts-plateaux algériens du 19e siècle, en pleine steppe, rude et sèche, parcourue de troupeaux de moutons paissant parmi les buissons d’alpha. Et la jeune fille évoquée, bien que fille de notable, vivait dans des campements nomades couverts de tissages en poils de dromadaires.

C’est dire que le raffinement avait atteint ce que l’on appelle aujourd’hui « le pays profond » et ne se limitait pas aux prestigieuses cités dotées de longues histoires sédentaires. C’est dire que, partout, l’élégance, disposition culturelle qui, avec l’éducation et les usages, devient quasi-naturelle, était répandue et reconnue, recherchée et pratiquée.

On en retrouve la trace dans les qacidates de la musique arabo-andalouse, on la retrouve encore dans les subtilités du hawzi, on la rencontre aussi dans les textes du répertoire chaabi et dans toutes les expressions du patrimoine oral algérien, contes, adages, proverbes et, notamment, dans la poésie populaire, melhoun, isefra, etc.

Aussi, quand l’on parle des « atours de toujours », formule qui a servi à désigner et incarner la thématique de cette troisième édition du Festival national de la création féminine, on se réfère autant à l’ensemble de ces auxiliaires du costume que sont les bijoux, les créations textiles ou autres, qu’à un mode de vie, une façon de se comporter, une manière d’être pour soi et envers les autres. Ici, les objets ne sont pas que des objets et leur matérialité n’a de sens qu’inscrite dans un élan de la société vers les belles choses et des valeurs culturelles, spirituelles et éthiques.

« Atours de toujours », est donc aussi une manière de se référer à cet univers merveilleux et d’évoquer au passage Benguennoune, le grand poète mascaréen du XXe siècle, et le titre de son fameux texte, « La fille aux merveilleux atours ». Il y est bien sûr question de sentiments qui se cristallisent sur les attraits d’une charmante personne, mais également de l’éblouissement que provoque en lui celle qu’il compare à « l’étendard du bey, oriflamme brodée d’or », allusion directe à ses diverses parures.

Depuis les temps immémoriaux, la terre algérienne a connu l’élégance qui, loin d’être exclusivement féminine, se partageait entre les deux sexes. Ses premières traces se retrouvent déjà sur les fresques du Tassili ou de l’Ahaggar, remontant à plusieurs milliers d’années. Plus tard, le tombeau de la princesse Tin Hinan (IVe siècle ap. J.C.) découvert en 1925 à Abalessa, livra le squelette de la sérénissime ainsi que de nombreux bijoux, dont quinze bracelets en or et en argent, le tout étant visible aujourd’hui au Musée national du Bardo.

De même, les archéologues et les historiens attestent du gout des dynasties numides, dans l’Antiquité, pour les ornements de l’esprit et du corps. Massinissa, Syphax et Juba II, par exemple, surent s’entourer d’hommes de lettres et d’artisans émérites qu’ils faisaient venir de tout le pourtour méditerranéen et parfois de plus loin. Cette présence reflétait l’ouverture de ces rois, captant des influences africaines, grecques, latines, carthaginoises, etc. Leur sens de l’excellence se manifestait dans les arts ainsi que dans les costumes et parures diverses en usage dans les milieux princiers ainsi que parmi la population, à des niveaux sans doute inégaux, mais témoignant d’une certaine généralisation de l’esthétique personnelle.

Cette inclination tirait une partie de ses sources de l’apport phénicien, première civilisation à avoir établi un lien fort en Méditerranée, entre l’Orient et l’Occident, entre les rives Sud et Nord. Héritière elle-même de la civilisation mésopotamienne et des savoirs et savoir-faire mésopotamiens, elle avait développé le raffinement de Babylone et créé une véritable « industrie » de la beauté, par son art des étoffes, des costumes, des parfums et de la bijouterie. Tous ces éléments se sont diffusés à travers les comptoirs phéniciens implantés sur la côte algérienne actuelle et qui, progressivement, ont provoqué l’émergence d’un phénomène urbain et citadin littoral. Ces centres commerciaux maritimes servaient à la distribution des objets de Tyr ou de Palmyre mais constituaient également des relais d’échanges entre toutes les parties du pourtour méditerranéen.

Cette élégance phénicienne s’est vue progressivement remplacée par celle des Romains qui puisaient dans tout leur empire des modèles de costumes, de broderie, de bijouterie, etc. On a retrouvé, par exemple, à Timgad des maisons égyptiennes et des objets rattachés à cette civilisation et il est probable que leurs habitants aient conservé leurs styles de vie et leurs usages vestimentaires et autres. Les villes antiques d’Algérie ont donc aussi bénéficié de ce brassage d’ornements dont certains se sont diffusés dans la population locale qui les transformait à son tour selon les matériaux, techniques et esthétiques dont elle disposait.

Il est probable aussi que les passages des Vandales et des Byzantins, bien que relativement courts, mais avoisinant chacun un siècle, aient généré quelques influences. On ne dispose pas d’éléments assez précis mais l’on suppose qu’à l’instar des autres présences, elles ont pu susciter des emprunts en matière d’habillement et d’ornements d’accompagnement du costume, du moins au niveau des élites et des notables.

Parallèlement à ces éléments exogènes, progressivement intégrés, le patrimoine amazighe et ses connexions diverses à l’univers africain, connaissait sa propre évolution tout en admettant les influences. Une des plus anciennes et durables pratiques d’ornementation touchait au corps lui-même, à travers les diverses traditions de tatouage, aouchem, qui semblent remonter à des temps immémoriaux. Etait-ce à l’origine, un substitut à la bijouterie chez les plus pauvres ? On ne le saura peut-être jamais. Mais il est certain que leurs motifs, qui étaient des symboles significatifs, liés à des appartenances tribales ou autres, et à des croyances et systèmes de valeurs, se sont retrouvés dans les tissages, la bijouterie, etc. On peut, en tout cas, considérer ces tatouages comme une sorte de bijouterie à même le corps.

Avec la civilisation musulmane, le costume et ses ornements d’accompagnement, vont connaître une évolution remarquable. On y repère les sources spécifiquement orientales, telles que les grandes dynasties abbassides et omeyyade, dont l’aire culturelle englobait les legs perses, indiens, chinois et autres. On y trouve également le formidable creuset culturel et artistique de l’Andalousie musulmane en liaison profonde avec l’Orient, comme peut en témoigner encore le domaine musical qui a fait l’objet de recherches historiques plus poussées que d’autres. Il est à ce sujet symptomatique que le nom de Zyriab soit souvent exclusivement rattaché à son apport musical et musicologique.

De son vrai nom, Abou El Hassen Ali Ben Nafi (789-857), ce kurde de Mossoul décédé à Cordoue où il avait exprimé toute son intelligence et ses talents, révolutionna la musique mais fut aussi un homme de lettres, un astronome et un géographe. Mais, on ignore souvent, que dans cette dimension universaliste propre à son époque, il fut aussi un véritable concepteur et codificateur des arts de vivre. On le désigne aussi comme « maître de l’élégance » puisqu’il joua un rôle fondamental dans les modes vestimentaires, depuis le costume jusqu’à ses ornements associés. Il n’est pas anodin, au-delà de ce personnage-clé, que l’élégance arabo-andalouse eut une influence énorme sur l’Europe à la veille de sa Renaissance et qu’aujourd’hui encore, les arts et artisanats liés au corps humain comprennent des innovations nées à cette période.

En parcourant l’histoire à la recherche des « auxiliaires du costume », on doit signaler que ceux-ci, et notamment les bijoux, sont déterminés par des aspects économiques et sociaux dans la mesure où ils ont servi et servent encore d’instruments de thésaurisation. Posséder de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, demeure un investissement ou un moyen de se prémunir de l’adversité de l’infortune. Pourtant, cette motivation matérielle n’a pu se résoudre à une possession brute de ces matières rares et onéreuses et, de tout temps, elle a eu besoin d’être transfigurée par l’art et des combinaisons de motifs et symboles reflétant des goûts et des valeurs esthétiques.

Ce phénomène, propre à toutes les civilisations et périodes de l’humanité, s’est également vérifié en Algérie. Aussi, durant la période ottomane, lorsque la Course algéroise, ramenait à El Djazaïr, par prise de butins mais aussi achats, des trésors de bijoux et autres ornements précieux, provenant du monde entier, ils étaient conservés dans leur état travaillé, ce qui atteste que leur valeur était reconnue aussi en tant que pièces de création et de virtuosité artistique et technique.

En choisissant, pour cette troisième édition du Festival national de la Création féminine, de se pencher sur ces ornements, l’idée consistait aussi à souligner leurs relations intimes avec les différents costumes. Chaque expression vestimentaire ou presque possède ses « accessoires » inscrits dans le style et l’univers culturel du vêtement. Cette interaction a permis, au cours des siècles et selon les régions, de générer une diversité impressionnante d’objets portés et des effets remarquables d’harmonie et de mise en valeur des costumes. Ceci se vérifie dans toutes les traditions régionales algériennes et c’est aussi une constante universelle. Mais est-ce l’accessoire qui met en valeur le costume ou l’inverse ? La réponse est évidente : les deux se mettent mutuellement en valeur ou, plutôt, doivent se mettre en valeur car tout manquement, erreur de goût, exagération, surcharge ou autre maladresse, se répercute sur l’ensemble.

Les stylistes et créateurs de mode connaissent bien cette règle d’équilibre et savent qu’un magnifique vêtement peut être gâché ou déprécié par des ornements associés. De même, un beau bijou peut devenir invisible ou perdre de sa beauté par le voisinage inapproprié de telle ou telle robe.

Ceci est encore plus valable quand le costume et l’accessoire se mélangent. Les cascades de perles de la tenue de la mariée de Tlemcen, par exemple, qui sont directement apposées sur le vêtement, de même que les colliers d’ambre attachés à certaines robes de Constantine ; sont à la fois des éléments du costume et des accessoires, sans qu’on puisse dissocier les deux aspects.

Le costume algérien traditionnel nous offre une diversité extraordinaire avec des échanges visibles entre les différentes expressions régionales, celles des Cités et celles des terroirs, et cette diversité se retrouve donc dans les atours liés aux vêtements. Tout le but de cette édition du festival consiste à le montrer et à mettre en valeur les créatrices qui s’adonnent à ce domaine, dans la lignée de la tradition, dans l’innovation inspirée de cette tradition ou dans la recherche de styles nouveaux.

Il s’agit également de souligner ici, au-delà de la matérialité de ces ornements, qu’ils demeurent attachés à des modes de vie et à de nombreux paramètres socioculturels. La façon, par exemple, de nouer un foulard ou de porter un châle, diffère selon les régions et les villes. Cette distinction peut s’étendre parfois aussi aux différentes tranches d’âge, selon que l’on soit jeune fille ou femme mariée, mère ou grand-mère. L’objet est donc relié à une gestuelle et un effet recherché et codifié.

Le temps passe. Les sociétés évoluent. Mais ce patrimoine particulier demeure vivant, même s’il est différemment utilisé. Il est important que nous le connaissions, que nous l’appréciions et que nous veillions, à la fois, à le préserver et lui assurer de nouvelles perspectives, notamment en encourageant celles qui le font vivre et durer.

Il représente un secteur d’activité couvrant diverses disciplines créatives ainsi que des valeurs qui sont au cœur de notre culture et de notre histoire.
Haut de Page ^
 

festival feminin algerie Copyright © 2010 - 2012 Festival National de la Création Féminine Algérie - Tous droits Réservés
Conception, Réalisation et Référencement bsa Développement